Kuru – Thomas Gunzig

Kuru – Thomas Gunzig

Un passage de ma dernière lecture.. Il mit la radio. Psschhhh, pschhhhhhh, il tomba sur du Bach, il faillit gerber. Il...


Un passage de ma dernière lecture..

Il mit la radio. Psschhhh, pschhhhhhh, il tomba sur du Bach, il faillit gerber. Il tomba sur Celine Dion, il faillit gerber. Il tomba sur Obispo, il faillit gerber. Il tomba sur un vieux morceau de Frankie goes to Hollywood, il faillit gerber. Il avait l’œsophage rempli d'acide gastrique. Pschhhhh, pschhhhhh, il tomba sur Kiss, il pensa à la langue du chanteur, aux grosses bottes noires, au maquillage, il laissa le morceau et démarra.
En roulant il pensait au cul de sa cousine. C'était le cul le plus incroyable qu'il ait vu, une pure merveille, le nombre d'or devait avoir servi d'étalon lors de son élaboration dans le secret chromosomique de son génome. Il était toujours étonné qu'un simple amas de tissus graisseux, de fibre musculaire et d'épiderme puisse le faire bander à ce point. Quand il pensait qu'un connard d'Italien employé chez ces pourris du Parlement européen pouvait chaque soir y fourrer son nez ça le mettait dans une rage folle. Ça lui faisait ressentir sa vie comme la pire des injustices, c'était la démonstration ultime que la vie était une vraie merde puante sans loi, sans pitié, sans remords, une saloperie de machine qui choisissait de manière complètement aléatoire qui allait s'emmerder pour des siècles et qui pourrait fourrer son nez dans le cul de sa cousine des nuits durant. Merde. Merde. Merde.

Pour un peu plus de détail : «L'univers social de Fred se composait de cinq personnes, pas une de plus pas une de moins, qui chacune occupait une place précise dans le petit avion qui figurait sa vie. Fred le migraineux, Kristine l'intello, Paul la brute révolutionnaire, Pierre le clone souffreteux et Katerine, sa cousine, une vraie bombe. Une bande de héros pour dénoncer les horreurs de la répression capitaliste et, si possible, l'existence d'un grand complot mondial. Cette pensée traversa Fred, il sourit amèrement. Il maudissait sa faiblesse qui l'avait conduit ici, à Berlin, dans cet appartement pourri.» Vous trouverez ici des déboires amoureux extraordinaires, du sexe, de la magie, de la politique, des gourous, des manifestations altermondialistes, des violences policières et des armes non létales… Le tout dans un style corrosif, avec ce sens inné de l'absurde et du loufoque propre au Bruxellois Thomas Gunzig.

Thomas Gunzig, Kuru, Folio, 2005.

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